Finis Terrae

Vendredi 9 juillet, 21h – église Sainte-Madeleine à Besançon
entrée libre avec participation au chapeau

Quatre goémoniers sont partis en été pour la récolte sur l’île de Bannec au large d’Ouessant. Ambroise et Jean-Marie, les deux plus jeunes, se disputent une bouteille de piquette qui se brise et blesse Ambroise. La querelle s’envenime entre les deux garçons au sujet d’un couteau disparu. Dans la paume d’Ambroise, un panaris se déclare, l’empêchant de travailler. Rejeté, il se laisse gagner par la fièvre. Jean-Marie, qui s’est aperçu qu’Ambroise était innocent de ce qu’il croyait être le vol de son couteau décide de le sauver en prenant le risque de le ramener à Ouessant en godillant contre les courants du Fromveur.
A Ouessant, on a vu que son four s’est éteint et l’on s’inquiète. De bourg de Lampaul, on dépêche le bon docteur Lesenn vers Bannec…

Finis Terrae, la fin de la terre, le bout du monde. C’est là que Jean Epstein, il y a 90 ans, vint poser sa caméra, renouant avec ses souvenirs d’enfance en Bretagne, et redécouvrant une terre qui le fascinait.
« Après La Chute de la maison Usher, j’avais le sentiment qu’il était impossible avec de l’irréel, de donner davantage l’impression du réel. Finis Terrae représente mon effort pour sortir de cette impasse. »
Jean Epstein

Ce film muet de 1929 est le premier poème breton d’Epstein.

Paul Goussot, improvisation à l’orgue
Film de Jean Epstein

Organiste, claveciniste, improvisateur, Paul Goussot est titulaire de l’orgue Dom Bedos (1748) de l’Abbatiale Ste-Croix de Bordeaux. En 2014, il est nommé professeur d’orgue au Conservatoire de Rueil-Malmaison, succédant ainsi à une lignée de professeurs prestigieux : Marie-Claire Alain, Susan Landale et François-Henri Houbart. En 2019, il devient également co-titulaire du grand-orgue Cavaillé-Coll de St-Maurice de Bécon (1865) aux côtés de Thomas Monnet.
Né en 1984 à Bordeaux, il est admis à l’âge de 16 ans au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il reçoit l’enseignement d’Olivier Baumont, Blandine Rannou, Michel Bouvard, Olivier Latry, Jean-Claude Raynaud, Jean-Baptiste Courtois, Thierry Escaich, Philippe Lefebvre et Jean-François Zygel. Il y obtient 5 premiers prix en clavecin, orgue, harmonie, contrepoint, fugues et formes, les prix de basse-continue et d’improvisation, et deux Masters de pédagogie en clavecin et en orgue. Au cours de ses études, Paul Goussot est lauréat-boursier de la Fondation Meyer ainsi que lauréat-boursier de l’Adami.
Lauréat des concours internationaux de Bruges et de Saint-Maurice (Suisse), Paul Goussot remporte successivement le premier prix d’improvisation au concours international de Luxembourg, le premier prix d’improvisation du 26ème concours international d’orgue de St-Albans, puis en 2012, le premier prix et le prix du public au 49ème concours international d’improvisation de Haarlem.
Invité dans de prestigieux festivals d’Europe et aux USA : Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris, Festival de la Roque d’Anthéron, Dudelange (Luxembourg), Magadino (Suisse), Berlin (Dom, Gedächtnis-Kirche), Bergamo (Italie), St-Albans (Royaume-Uni), Haarlem (Pays-Bas), New-Orleans (Cathedral, Historic Collection), Cleveland (Museum of Art), il s’est produit en compagnie d’artistes renommés comme le pianiste Christian Ivaldi, l’organiste Olivier Latry, la violoniste Marina Chiche ou encore le comédien Benjamin Lazar.
En octobre 2009, Paul Goussot est nommé First Young Artist in Residence à la cathédrale de La Nouvelle-Orléans. Lors de ce séjour, il donne plusieurs concerts à l’orgue et au clavecin, se produit avec des membres du LPO (Louisiana Philarmonic Orchestra), et assure également des activités pédagogiques.
L’improvisation tient une place essentielle dans son activité. Passionné par le cinéma muet, il a accompagné plusieurs projections au Musée d’Orsay, à la Cinémathèque Française et à la Maison de la Radio (Cuirassé Potemkine d’Eisenstein).
Régulièrement invité en tant qu’enseignant en France et à l’étranger, Paul Goussot a animé des classes de maître au CNSMDP, à l’Académie d’Altenberg (aux côtés de Wolfgang Seifen et Johannes Mayr), et il sera l’invité de la Schola Cantorum de Bâle en 2020.

Jean Epstein est né en 1897 à Varsovie (Pologne).
Après des études secondaires à Fribourg (Suisse), Jean Epstein s’inscrit en médecine à la Faculté de Lyon. Externe bénévole à l’Hôtel-Dieu, il travaille dans le service d’Auguste Lumière qui se prend d’amitié pour lui. Passionné de littérature et de cinéma, il écrit un essai qu’il soumet à Blaise Cendrars, directeur de collections aux éditions de la Sirène. Cendrars le fait paraître en 1920, sous le titre La Poésie d’aujourd’hui, un nouvel état d’intelligence, avec une postface de sa main. Abandonnant progressivement ses études de médecine, Epstein fonde à Lyon une petite revue littéraire, Promenoir. Il y publie ses premiers articles théoriques sur le cinéma. La Sirène édite ses deux essais suivants : Bonjour Cinéma (1921) et La Lyrosophie (1922). Paul Laffitte, fondateur de la maison d’édition, l’engage comme secrétaire et lui présente Louis Delluc, qui le prend comme assistant sur son film Le Tonnerre.
En 1922, Epstein réalise son premier film à la demande de Jean Benoit-Lévy qui vient de fonder sa propre maison de production. Il s’agit de Pasteur, réalisé à l’occasion de la commémoration du centenaire du savant. Le succès du film vaut à Epstein d’être engagé par Pathé Consortium comme réalisateur. Au cours de l’année 1923, il tourne quatre films : l’Auberge rouge d’après Balzac, Coeur fidèle sur un scénario original auquel sa soeur Marie collabore, La Montagne infidèle, reportage sur une éruption de l’Etna, et La Belle nivernaise, d’après Alphonse Daudet. Ces films l’imposent aux yeux de la critique naissante comme un maître de l’avant-garde cinématographique, tant pour ses innovations formelles que pour son style qui préfigure une forme de « réalisme poétique ». En 1924, il quitte Pathé pour la Société des Films Albatros, fondée par Alexandre Kamenka pour les réalisateurs russes en exil en France. A cette époque, la firme de Montreuil décide de s’ouvrir aux jeunes réalisateurs français jugés les plus prometteurs. Epstein y côtoie Marcel L’Herbier et Jacques Feyder. Il réalise d’abord Le Lion des Mogols, fable symbolique sur l’exil des Russes blancs écrite par la star du studio, l’acteur et réalisateur Ivan Mosjoukine. Puis il tourne deux mélodrames écrits par sa soeur Marie, L’Affiche (1924) et Le Double amour (1925). Sa collaboration avec Albatros se poursuit avec un film à épisodes, Les Aventures de Robert Macaire, histoire picaresque à la fois romantique et burlesque.
En 1926, Epstein décide de passer à la production indépendante. Il fonde les Films Jean Epstein et réalise Mauprat, adapté de George Sand, accompagné d’un documentaire intitulé Au pays de George Sand. Puis il revient au mélodrame avec Six et demi Onze, suivi d’une adaptation de Paul Morand, La Glace à trois faces. Malgré le succès critique et public de ces productions, dans lesquelles sont salués sa grande maîtrise formelle et son sens permanent de l’invention, Epstein éprouve de plus en plus de difficultés financières. En 1928, il réalise un dernier film avec sa propre entreprise, La Chute de la Maison Usher, d’après Edgar Poe, généralement considéré comme son chef-d’oeuvre par la postérité, mais qu’il a beaucoup de mal à diffuser, car la France s’apprête à passer au parlant.
Après la déconfiture des Films Jean Epstein, épuisé et criblé de dettes, le réalisateur part se reposer dans le Finistère. Il en rapporte la matière d’un nouveau film, d’un style entièrement neuf : plus de studios, plus de décors construits, plus d’acteurs professionnels. Finis Terrae sera tourné au cours de l’hiver 1928 dans les îles bretonnes d’Ouessant et de Bannec, avec des acteurs non professionnels et une petite équipe technique. Séduit par le film, Jean Tedesco, directeur du Théâtre du Vieux-Colombier, lui en commande un autre, reposant sur les mêmes principes, mais sonore. Ce sera Mor’Vran (La Mer des corbeaux), réalisé en 1930. Puis Tedesco propose à Epstein d’appliquer aux bûcherons le traitement qu’il avait réservé aux marins-pécheurs bretons, et celui-ci réalise Le Pas de la mule (1930).
En 1931 et 1932, Epstein travaille pour Synchro-ciné comme réalisateur de chansons filmées (La Chanson des peupliers, le Cor, les Berceaux, etc.). Le producteur accepte de financer un nouveau projet breton, L’Or des mers, qui sera tourné durant l’hiver 1931 entre Belle-Ile et Hoëdic. Afin de tenter de redresser sa situation financière toujours catastrophique, Epstein accepte ensuite de réaliser deux films commerciaux pour la société Vandal et Delac : L’Homme à l’hispano (1932), remake parlant du film muet de Julien Duvivier, et La Châtelaine du Liban (1933), d’après le roman de Pierre Benoît. En 1934, le journal breton L’Ouest Eclair lui passe commande d’un documentaire filmé sur la vie du quotidien (Une visite à l’Ouest-Eclair) ainsi que l’adaptation d’une nouvelle de Jean des Cognets, Chanson d’Ar-Mor, tournée selon les principes des précédents films bretons mais entièrement en langue bretonne.
A partir de 1935, Epstein réalise quelques films commerciaux qui passeront inaperçus (Marius et Olive à Paris, Coeur de gueux). La Femme du bout du monde, projet sur lequel il fonde de grands espoirs, est un échec. Grâce à son ami Jean Benoit-Lévy, il réalise plusieurs films documentaires et de propagande (La Bretagne, La Bourgogne, Les Bâtisseurs, Vive la vie, Eau vive, Artères de France). Pendant l’Occupation, il est en zone sud, à Vichy et à Lyon, employé du service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre de La Croix Rouge. Après guerre, il parviendra à tourner deux moyens métrages, Le Tempestaire (1947) et Les Feux de la mer (1948), qui comptent parmi ses plus beaux films, mais qui n’eurent qu’une audience confidentielle à l’époque. Malade, il termine sa carrière comme directeur de production pour les Films Jean Benoit-Lévy et meurt d’une congestion cérébrale à l’âge de 56 ans.
Par ailleurs critique, philosophe, romancier, enseignant à l’IDHEC en 1945, Jean Epstein laisse une oeuvre écrite considérable qui compte, outre les ouvrages cités précédemment, deux romans (L’Or des mers, Les Recteurs et la sirène), et de nombreux essais théoriques dont les plus importants sont : Le Cinématographe vu de l’Etna, L’Intelligence d’une machine, Le Cinéma du diable, Esprit de cinéma.
Il meurt à Paris en 1953.